Par Camille Lizop.
Au travail ou à la maison, je sais que vous l’avez déjà expérimentée. Je veux parler de chacune de ces fois où, devant une tâche à accomplir, vous avez fini par vous dire que le plus simple, ce serait encore de le faire vous-même. Que là au moins, vous seriez sûre que la tâche serait bien exécutée. Que ce soit pour faire le ménage ou pour prendre les notes en réunion, vous avez certainement déjà été victime d’une tactique : celle de l’incompétence stratégique.
La prévention des grossesses non désirées est un problème trop sérieux pour le confier aux hommes.*
Derrière une intention sincèrement féministe aux accents quasi misandres, ce discours infantilise et déresponsabilise les hommes.
Cependant, je vous vois venir, vous qui considérez qu’il faut choisir ses combats. Vous qui maintenez que le ménage et la contraception charrient des enjeux bien différents. Vous qui rejoignez à ce titre le médecin Martin Winckler.
Votre position, c’est celle du deux poids, deux mesures, et ça se défend. Le résultat de ce légitime calcul n’est cependant pas si satisfaisant : on se contente du moindre mal, on accepte des solutions partielles. Or l’histoire des luttes nous donne de bonnes raisons de penser que l’on peut faire mieux, que l’on doit rêver plus grand.
Rêver plus grand, cela commence par désamorcer toute esquisse d’incompétence stratégique - surtout quand elle est organisée à grande échelle. Dès les premières pages, la BD Les contraceptés pose le décor, avec cette scène : les deux journalistes et auteurs de l’ouvrage sont représentés, face à leurs compagnes qui évoquent les effets secondaires de leurs contraceptions respectives.
Le premier réagit : “Y aurait un truc [un moyen de contraception masculine], on le prendrait...”, son confrère complète : “Mais y a rien, déso.” La BD entre dans les détails, pour souligner que, même si les techniques de contraception masculine sont beaucoup moins développées pour des raisons économiques, politiques et sociales, des solutions existent : vasectomie, injections hormonales, slip chauffant... Mais surtout, et c’est là la vraie révélation de la fabuleuse histoire de la contraception masculine : à chaque fois qu’une solution expérimentée a présenté un risque majeur pour la santé, elle a été abandonnée.
Le féminisme est un sport de combat qui oblige à quelques réflexes, notamment celui d’examiner chaque avancée en se demandant non seulement ce que l’on gagne, mais aussi quel sera le prix à payer. Le contrôle des naissances au risque d’un AVC ? On peut trouver mieux. Il n’y a qu’à voir l’anneau thermique (développé pour les hommes) : “les seuls effets secondaires répertoriés de cette méthode, c’est : des petites démangeaisons au début, et puis voilà”**.
* Martin Winckler, C’est mon corps, l'Iconoclaste.
** Blast
Camille Lizop
Ce texte est le troisième d'une trilogie. Vous voulez lire les premier et second épisodes ? Retrouvez-les ici et là.
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