Kessel

đź’Ś Le Don Juan et la fille facile (ou le double standard du slutshaming).

Par Augustin Ruffat

Curiosity Club News
4 min â‹… 16/10/2025

Lui, c’est le Don Juan, le tombeur, le Casanova. Celui qui papillonne. Au pire, celui qui court les jupons.
Elle, c’est la fille facile, la traînée. Celle qu’on juge, qu’on pointe du doigt, dont on commente les tenues ou le comportement dit “volage”. Qu’on surnomme “Marie-couche-toi-là”.

Deux comportements similaires. Deux mêmes manières d’exprimer leur liberté. Et pourtant deux poids, deux mesures.


Ce que les sociologues appellent slutshaming c’est cette mécanique bien huilée : critiquer, humilier, essayer de faire taire une femme parce qu’elle vit, revendique ou simplement laisse transparaître sa sexualité. Peu importe d’ailleurs qu’elle soit réelle ou fantasmée, le jugement sera quoi qu’il arrive déclenché.

“Crier Ă  la salope” n’est jamais anecdotique, et ce dès le plus jeune âge. On conditionne trop tĂ´t les femmes Ă  se restreindre ou se cacher: une lycĂ©enne sur cinq a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© insultĂ©e ou rabaissĂ©e pour une tenue jugĂ©e “trop sexy” et 27 % des filles au lycĂ©e disent avoir subi des rumeurs sexuelles humiliantes. Pendant ce temps, les garçons, eux, dĂ©clarent ĂŞtre valorisĂ©s quand ils ont plusieurs partenaires. C’est mĂŞme l’inverse qui se produit: un virginshaming qui couvre de honte un jeune homme inexpĂ©rimentĂ©. 

Un double standard qui devient une fabrique Ă  honte. Une usine Ă  isolement. Qui terrasse une estime de soi dĂ©jĂ  fragile Ă  cet âge-lĂ . Mais aussi, très concrètement, qui gĂ©nère du harcèlement scolaire, du cyberharcèlement et rĂ©duit considĂ©rablement la parole publique des femmes. Parce que quand on sait qu’on va ĂŞtre jugĂ©, on se tait. 

Ça n’a jamais été une question de moralité. C’est une question de pouvoir. Le slutshaming est un outil qui sert à contrôler la liberté des femmes. Il rappelle à chaque génération que la sexualité masculine doit être célébrée quand la féminine doit être contenue, punie ou cachée. Il réduit le champ des possibles : comment une femme s’habille, sort, vit sa vie amoureuse ou sexuelle.

Alors est-ce qu’on peut vraiment continuer Ă  sourire des aventures du Dom Juan tout en fustigeant celles de la fille facile ? Le vent semble (enfin) en train de tourner. 

Quand Vladimir Boudnikoff balance en story Instagram une supposĂ©e liste des conquĂŞtes de son ex Aya Nakamura, c’est sur lui que tombe la vindicte populaire. Et c’est tant mieux. Parce que la honte doit s’inverser. Parce que le problème ce n’est pas la libertĂ© des femmes. Le problème, c’est la sociĂ©tĂ© qui les enferme. 

Hommes comme femmes, ne laissons plus jamais passer le slutshaming. Ă€ chaque fois qu’on le refuse, on fait un pas de plus vers l’égalitĂ©. Avec dans l’idĂ©e que le Don Juan et la fille facile cessent enfin d’être des personnages opposĂ©s et deviennent juste des humains libres. 

Augustin Ruffat

Sources statistiques :
- Ifop, 2021
- HCE, 2018
- Observatoire national de la violence scolaire, 2020

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Ophélie est diplômée d’un PhD en philosophie et études de genre de l’université de Cornell (USA). Elle enseigne les humanités politiques et les questions de genre à Sciences-Po Paris. Son approche éclaire les sujets d’égalité F/H, d’inclusion et de leadership par les sciences humaines.


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Consultant senior chez Curiosity, Augustin Ruffat accompagne les organisations dans leurs stratĂ©gies globales de diversitĂ©, d’équitĂ© et d’inclusion; de l’égalitĂ© femmes-hommes Ă  la lutte contre les stĂ©rĂ©otypes, en passant par la transformation des cultures managĂ©riales. EngagĂ© personnellement sur ces sujets, il est Ă©galement crĂ©ateur du compte Instagram ally_b-a.ba, dĂ©diĂ© Ă  l'Ă©galitĂ© femmes-hommes et Ă  la lutte contre les VSS. En tant qu’alliĂ©, il interroge la place et le rĂ´le des hommes dans ces dynamiques, et les invite Ă  devenir des partenaires actifs du changement.


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