Kessel

💌 Et si les femmes gouvernaient la tech ?

Par Ophélie Chavaroche.

Curiosity Club News
4 min â‹… 05/03/2026

On n’en finit pas, ces jours-ci, de s’inquiéter de l’IA. Comment envisager le futur, prévoir les métiers voués à disparaître, se préparer à une utilisation débridée en contexte de guerre, vous voyez le tableau.

Mais ce qui me préoccupe particulièrement, c’est que le monde de la tech est puissamment masculin. En France, à peine un quart des emplois du numérique est occupé par des femmes. Ce chiffre est d’ailleurs trompeur, puisqu’un tiers d’entre elles travaillent en réalité dans les métiers de la communication. Et pour couronner le tout, la data montre une tendance effrayante : la moitié des femmes quittent la tech avant leurs 35 ans, jugeant le secteur peu compatible avec une vie de famille.

En d’autres termes : la tech grandit, pense et construit le monde sans que les femmes aient leur mot Ă  dire.

Alors, je pourrais vous faire la liste de tous les problèmes qui découlent de cette situation, mais je crois que l’actualité est déjà assez déprimante comme ça. Permettez-moi donc plutôt de mettre en lumière ce qui pourrait advenir si les femmes investissaient en masse le monde de la tech.

On irait plus vite pour corriger les dĂ©rives discriminatoires des IA. Vous le savez, ces dernières s’entraĂ®nent sur des milliards de textes issus d’internet, oĂą les stĂ©rĂ©otypes pullulent. Si les femmes avaient Ă©tĂ© aux manettes, elles auraient peut-ĂŞtre trouvĂ© bizarre que Google Translate se soit arrogĂ© le droit de choisir le genre des pronoms non-genrĂ©s qu’on trouve dans les langues comme le turc et le hongrois. Car Google Translate choisissait artificiellement un genre en fonction de la valorisation sociale du mĂ©tier, en disant « il est mĂ©decin Â» et « elle est infirmière Â»â€¦

On sortirait enfin de l’illusion du « masculin neutre Â». Vous pensez que les outils de reconnaissance faciale fonctionnent de façon Ă©gale sur tous les visages ? Pas du tout. Comme l’a montrĂ© l’informaticienne Joy Buolamwini, les algorithmes dĂ©tectent mieux les visages d’hommes blancs, parce que ce sont prĂ©cisĂ©ment des hommes blancs qui les ont codĂ©s. On s’imagine que les discours et les outils scientifiques sont objectifs : non, ils sont marquĂ©s par les biais des personnes qui les produisent. Par exemple, si vous prenez un traitement mĂ©dical, dites-vous qu’il est possible qu’il n’ait jamais Ă©tĂ© testĂ© sur les femmes, puisqu’elles Ă©taient exclues des essais cliniques jusqu’au milieu des annĂ©es 1990...

Et puis, si les femmes Ă©taient majoritaires dans la tech, elles auraient certainement pas mal de choses Ă  dire sur ce que la sociĂ©tĂ© impose Ă  leurs corps. Car oui, hommes et femmes ont des corps, mais les femmes ont tous les jours l’occasion de se rendre compte que leur corps ne leur appartient pas tout Ă  fait. Il est soumis aux regards, instrumentalisĂ© par la publicitĂ©, rĂ©glementĂ© par des lois sur la procrĂ©ation. Si les femmes Ă©taient dĂ©cideuses dans la tech, que diraient-elles de la collecte des donnĂ©es liĂ©es aux règles ou Ă  la grossesse ? Comment se positionneraient-elles sur l’utilisation de ces donnĂ©es par des assureurs, des employeurs, des États ?

Enfin, on adopterait peut-ĂŞtre une posture plus empathique. Non pas que les femmes soient « naturellement Â» plus empathiques : l’empathie n’est pas innĂ©e, c’est une compĂ©tence que les femmes sont amenĂ©es Ă  dĂ©velopper dès l’enfance Ă  coup de poupĂ©es, dĂ®nettes et « occupe-toi de ton frère Â». Évidemment toutes les femmes ne sont pas des reines du care, le sujet n’est pas lĂ . Ce qui est certain, c’est qu’en renforçant la prĂ©sence des femmes dans la tech, on prendrait mieux en compte les besoins des personnes, notamment Ă©motionnels et psychologiques. On poserait autrement le problème du harcèlement en ligne. Et je doute que les femmes auraient jugĂ© pertinent d’inventer un outil comme celui proposĂ© il y a trois mois par Grok, l’IA de Musk, pour « s’amuser Â» Ă  dĂ©shabiller les femmes…

Ophélie Chavaroche, philosophe garantie sans IA

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Par Curiosity Club


Ophélie est diplômée d’un PhD en philosophie et études de genre de l’université de Cornell (USA). Elle enseigne les humanités politiques et les questions de genre à Sciences-Po Paris. Son approche éclaire les sujets d’égalité F/H, d’inclusion et de leadership par les sciences humaines.


Valentine partage avec nous les 10 ans qu’elle a passé sur le terrain à parcourir les zones de conflits pour faire respecter le « droit de la guerre » et améliorer les conditions des civils souffrant d'années de conflits. De la gestion du risque et de la peur à l’exploitation de ses forces en passant par l’adaptation à son environnement et la négociation, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.


Philosophe de formation, Camille a travaillé comme chargée de recherches dans le milieu de l’innovation sociale, puis comme conseillère auprès d’un élu local. Elle écrit pour contribuer à la fabrique d'un monde pétri de moins d'inégalités - qu'elles soient sexistes, classistes, racistes, validistes. Ses domaines de prédilection ? L’égalité femmes-hommes, la justice sociale et le travail, la culture et le design.

Jeanne a étudié les lettres et le cinéma à Paris, Montréal et Rome. En 2024, elle s'est installée sur l'île de Groix pour reprendre la co-direction artistique du FIFIG, un festival de cinéma documentaire dédié à l'insularité. Elle travaille en parallèle sur ses propres projets de films documentaire et d'écriture.

Consultante et aujourd'hui journaliste, Clémentine s'intéresse notamment aux évolutions du monde du travail, aux questions de genre et d'égalité, et à l’écologie. Elle aime écrire sur l'actualité, les gens qu’elle rencontre ou pour détailler les pérégrinations de son cerveau.

Consultant senior chez Curiosity, Augustin Ruffat accompagne les organisations dans leurs stratĂ©gies globales de diversitĂ©, d’équitĂ© et d’inclusion; de l’égalitĂ© femmes-hommes Ă  la lutte contre les stĂ©rĂ©otypes, en passant par la transformation des cultures managĂ©riales. EngagĂ© personnellement sur ces sujets, il est Ă©galement crĂ©ateur du compte Instagram ally_b-a.ba, dĂ©diĂ© Ă  l'Ă©galitĂ© femmes-hommes et Ă  la lutte contre les VSS. En tant qu’alliĂ©, il interroge la place et le rĂ´le des hommes dans ces dynamiques, et les invite Ă  devenir des partenaires actifs du changement.


Française et britannique, femme, mère et amante, plume et cadre dirigeante, Julie aime les mots mais pas les cases Ă©troites dans lesquelles on range les idĂ©es et les gens. Elle milite pour une intelligence plurielle, pour le droit Ă  ĂŞtre plusieurs choses en mĂŞme temps et considère la curiositĂ© comme la plus belle des qualitĂ©s. Pour Curiosity Club, elle partage des fragments de vie et pose des mots sur les dĂ©flagrations qui nous Ă©brèchent autant qu'elles nous grandissent.