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💌 La non-mixité, cette drôle d'idée ?

Par Clémentine Buisson.

Curiosity Club News
4 min â‹… 07/05/2026

Imaginez un groupe de parole entre malades. Ils se retrouvent rĂ©gulièrement Ă  l’hĂ´pital pour discuter des impacts quotidiens et difficiles de leurs symptĂ´mes et des traitements. Imaginez encore, que la mairie, un mĂ©dia ou un parti politique s'offusque et crie au communautarisme et Ă  l’exclusion. Certains badauds se moquent de ces “groupes de fragiles” et d’autres insistent pour y participer ou militent pour en crĂ©er d’autres, entre personnes “non-malades.” Cela vous semble Ă©trange, tirĂ© par les cheveux ? Ce sont pourtant les critiques que rĂ©coltent souvent les initiatives en “non-mixité” lorsqu’elles concernent d’autres catĂ©gories de population. 

La non-mixitĂ© n'a en effet pas toujours bonne presse, notamment en France. Selon qu’elle concerne les personnes issues de l’immigration, la communautĂ© LGBTQ ou les groupes de femmes, son Ă©vocation rĂ©colte, au mieux quelques sourcils levĂ©s et au pire de vĂ©ritables levĂ©es de bouclier. 

Mais de quoi parle-t-on exactement ?

La non-mixitĂ© correspond Ă  la volontĂ© de rĂ©server des espaces (de discussions, de fĂŞte, de sport…) Ă  une catĂ©gorie de personnes en particulier. Elle intervient gĂ©nĂ©ralement dans le cadre de groupes de personnes partageant un vĂ©cu commun, parfois synonyme de vulnĂ©rabilitĂ© et souvent emprunt de discriminations. L'idĂ©e de cette pratique est alors de pouvoir vivre, rĂ©flĂ©chir et discuter sans avoir Ă  s’expliquer ou se justifier constamment. Et ce n'est pas un phĂ©nomène rĂ©cent. 

À l'origine ce sont les étudiants noirs-américains qui l'utilisent dans les universités pour construire une réflexion commune et organiser la lutte pour les droits civiques dans les années 60. En France, elle se démocratise particulièrement avec le Mouvement de Libération des Femmes et les réunions entre femmes. “Pas d’hommes dans notre mouvement, non par racisme de sexe mais parce que nous pensons que les femmes doivent s’organiser et ne pas tomber dans le paternalisme de certains hommes”, écrivent des militantes dans le journal, La voix des femmes*.

L’outil que constitue la non-mixitĂ© se concrĂ©tise très diffĂ©remment selon les contexte, en voici quelques exemples : 

Certains syndicats, agricoles ou non, disposent de sections fĂ©minines ou de « commissions femmes ». Une agricultrice de la FDSEA explique : « ça permet entre autres aux femmes de se mettre en avant, et en passant par la section agricultrice, de pouvoir avoir une place dans les autres sections ». Cette pratique est elle-mĂŞme hĂ©ritĂ©e de la JAC (Jeunesse Agricole ChrĂ©tienne) qui dès les annĂ©es 60 proposaient des groupes entre femmes notamment pour les former Ă  la comptabilitĂ© et les pousser Ă  crĂ©er leurs propres ateliers (volaille, transformation…) pour gagner un peu d’indĂ©pendance Ă©conomique. Avec, il est vrai, une certaine idĂ©e de la “complĂ©mentaritĂ© des sexes”. 

Dans son ouvrage SyndiquĂ©es, CĂ©cile Guillaume explique que les sections fĂ©minines (ici des syndicats non-agricoles) avaient pour but “d’apprivoiser” les femmes dans les annĂ©es 1920, puis, dans les annĂ©es 1960 “d’aider les femmes Ă  trouver leur place dans le syndicat”. La problĂ©matique est donc ancienne. 

De façon peut-ĂŞtre plus lĂ©gère mais tout aussi politique, certains Ă©vĂ©nements et lieux festifs sont rĂ©servĂ©s aux femmes et aux personnes LGBTQ. C'est notamment le cas de la Bringue qui proposent des soirĂ©es dans plusieurs ville françaises, au Luxembourg et en Belgique ou encore de la Mutinerie, bar emblĂ©matique de Paris pour les femmes queer. Certaines entreprises proposent mĂŞme des sĂ©jours organisĂ©s, uniquement entre femmes. 

Pour les personnes concernées, la non-mixité est donc un moyen d’émancipation mais aussi une soupape de décompression. Elle permet de se délester des regards insistants, de s’éloigner du danger parfois, de s’organiser politiquement, et ce faisant, de reprendre un peu de pouvoir sur leur vie.

Sources :
*Jacquemart, A., & Masclet, C. (2017). Mixités et non-mixités dans les mouvements féministes des années 1968 en France. Clio, 46, 221–247

Clémentine Buisson

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