💌 Faut-il être une IA pour être une femme acceptable ?

Par Clémentine Buisson.

Curiosity Club News
6 min ⋅ 26/03/2026

Du simple chatbot d’assistance, en passant par l’actrice Tilly Norwood ou la chanteuse Xania Monet, lorsqu'elles sont personnifiées, par la voix ou les traits, les IA sont très souvent représentées comme des femmes. Plus intriguant encore, en septembre dernier, une IA nommée Diella est devenue ministre chargée de la prévention de la corruption en Albanie. Mais alors, le doute commence à poindre : faut-il être une IA pour être une femme acceptable ?

D’abord, les IA sont serviables, n’ont pas un mot plus haut que l’autre et agissent « comme il faut » en toutes circonstances. Pour parler de sa mission, la « ministre » albanaise Diella adopte une voix douce et posée. L’actrice Tilly Norwood a toujours l’air calme et enjouée. Pour le quotidien suisse la Tribune de Genève, Sylvie Boreau professeure en marketing Éthique explique : « En dotant leurs machines de ces attributs, les concepteurs compensent la froideur et l’artificialité des algorithmes et facilitent leur acceptation.» Dans cet article, le psychanalyste et fondateur de l’observatoire des mondes numériques Michel Stora explique également que les gamers ont plus tendance à choisir des avatars féminins, parce qu’ils ont l’impression de pouvoir les contrôler plus facilement. Prenez note mesdames, la femme idéale est docile et ne dit jamais non. 

En ce qui concerne le caractère nous savons quoi faire, mais qu’en est-il du physique ? Il n’y a qu’à observer l’apparence de « l’actrice » Tilly Norwood. Elle additionne tous les critères de beauté occidentaux : peau claire, minceur, visage fin… Le fait que l’on puisse modeler l’apparence des IA « rappelle à quel point le contrôle du corps, en particulier féminin, est encore très ancré dans nos sociétés » explique le sociologue Olivier Glassey. Le projet est donc le suivant : abandonner nos particularités physiques et tout faire pour rentrer dans une case étriquée. Parfait. 

Et en termes de travail alors, qu’avons nous à apprendre ? « Toute la robotique humanoïde développée en Chine depuis 2017 vouée à nous remplacer dans les fonctions quotidiennes, a pris la forme d’entités féminines » explique Danièle Cerqui, anthropologue des techniques à l’université de Lausanne. La femme idéale est donc une femme qu’on ne paie pas. Bon à savoir ! Et c’est visiblement aussi le cas pour les métiers artistiques. En témoignent Nilly Norwood et Xania Monet. Il est vrai que les compétences de la moitié de la population laissent à désirer, et que les talents se comptent sur les doigts d’une main. Il faut bien combler ce vide anthropologique !

Mais rangez vos mouchoirs et ravalez vos indignations mesdames, car la femme idéale est sans émotions. Toujours positives, presque lascives, les IA sont bien pratiques dans une société où les émotions des femmes sont particulièrement mal perçues. Pour l’essayiste Laura Bates : « l’IA repose sur une déshumanisation des femmes qui les réduit au statut de femme objet, elle entérine une vision profondément misogyne des relations femmes-hommes. » Réjouissant… Vivement qu’il y ait plus de patronnes dans la Tech. 

Cette industrie cherche donc à générer un maximum de profit en ne souciant que très peu des risques en matière de sexisme et de misogynie, et en nous faisant presque passer pour has-been, nous autres, femmes de chair et d’os. Alors je vous invite à “déborder” un peu pour lutter contre cet idéal féminin aseptisé. Prendre de la place, arborer fièrement votre cellulite, hausser le ton… bref, cultiver notre humanité.

Clémentine Buisson

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Par Curiosity Club

Française et britannique, femme, mère et amante, plume et cadre dirigeante, Julie aime les mots mais pas les cases étroites dans lesquelles on range les idées et les gens. Elle milite pour une intelligence plurielle, pour le droit à être plusieurs choses en même temps et considère la curiosité comme la plus belle des qualités. Pour Curiosity Club, elle partage des fragments de vie et pose des mots sur les déflagrations qui nous ébrèchent autant qu'elles nous grandissent. 

Ophélie est diplômée d’un PhD en philosophie et études de genre de l’université de Cornell (USA). Elle enseigne les humanités politiques et les questions de genre à Sciences-Po Paris. Son approche éclaire les sujets d’égalité F/H, d’inclusion et de leadership par les sciences humaines.

Valentine partage avec nous les 10 ans qu’elle a passé sur le terrain à parcourir les zones de conflits pour faire respecter le « droit de la guerre » et améliorer les conditions des civils souffrant d'années de conflits. De la gestion du risque et de la peur à l’exploitation de ses forces en passant par l’adaptation à son environnement et la négociation, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. 

Philosophe de formation, Camille a travaillé comme chargée de recherches dans le milieu de l’innovation sociale, puis comme conseillère auprès d’un élu local. Elle écrit pour contribuer à la fabrique d'un monde pétri de moins d'inégalités - qu'elles soient sexistes, classistes, racistes, validistes. Ses domaines de prédilection ? L’égalité femmes-hommes, la justice sociale et le travail, la culture et le design.


Jeanne a étudié les lettres et le cinéma à Paris, Montréal et Rome. En 2024, elle s'est installée sur l'île de Groix pour reprendre la co-direction artistique du FIFIG, un festival de cinéma documentaire dédié à l'insularité. Elle travaille en parallèle sur ses propres projets de films documentaire et d'écriture.

Consultante et aujourd'hui journaliste, Clémentine s'intéresse notamment aux évolutions du monde du travail, aux questions de genre et d'égalité, et à l’écologie. Elle aime écrire sur l'actualité, les gens qu’elle rencontre ou pour détailler les pérégrinations de son cerveau.